20 ans de « service sans frontières »

28 Déc 2018 | ActualitésRotary

Depuis 20 ans, un ancien président du Rotary mobilise des centaines de bénévoles pour des missions médicales. Résultat : 67 000 interventions et 250 000 consultations

Depuis sa première mission en Ouganda il y a 20 ans, plus de 500 volontaires ont participé à 67 000 interventions et 250 000 consultations médicales dans 43 pays. Ces opérations humanitaires ont été financées par des subventions pour un montant total de 2,4 millions de dollars.

En 1992, lorsque s’achève son mandat de président du Rotary International, Rajendra Saboo se pose la question de la forme que revêtira la suite de son action bénévole. Et au terme d’un mandat d’administrateur de la Fondation en 1998, il décide qu’elle serait d’ordre pratique.

« J’avais choisi pour mon thème “Sachez vous dépasser” (Look Beyond Yourself, en anglais) », explique Rajendra, membre du club de Chandigarh, en Inde. « Dans ma réflexion sur mon engagement après ma présidence, j’ai pensé au concept “sans frontières” – Look Beyond Borders – et aux compétences que mon pays pourrait mettre au profit des autres. La médecine est un domaine d’excellence en Inde, et je savais que de nombreux médecins rotariens seraient heureux de donner de leur temps en Afrique où les besoins sont immenses. »

Nandlal Pareky, un ami médecin et rotarien qui avait exercé en Ouganda avant d’être expulsé par le dictateur Idi Amin, lui explique alors que même encore en état de guerre civile, l’Ouganda se prête à ce type de mission médicale. Le voyage organisé par Rajendra en 1998 marque le début de vingt années d’opérations humanitaires, avec un bilan remarquable de 67 000 interventions chirurgicales à ce jour.

Pour l’accompagner lors de son premier déplacement, Rajendra rassemble une équipe d’ophtalmologues et de chirurgiens orthopédiques pour traiter des patients atteints de polio. Mais quelques jours avant leur départ, les ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie sont visées par des attaques terroristes, faisant des centaines de victimes. Une troisième attaque, dans la capitale ougandaise de Kampala, est déjouée.

« Nous étions terrifiés », raconte Rajendra. « Et les médecins se demandaient si leur sécurité serait assurée une fois sur place. » Mais l’une des bénévoles qui avait effectué une mission au Kosovo répondit à Usha, l’épouse de Rajendra, qui lui demandait si elle avait eu peur : « Tu ne meurs qu’une fois. Et c’est la façon dont tu pars qui importe. Je n’ai jamais vraiment eu peur parce que j’étais là pour aider les autres. »

« Ce fut un déclic », raconte Rajendra. « Nous nous sommes tous réunis, et médecins et bénévoles ont unanimement décidé de partir. » Ils sont arrivés trois jours après les bombardements. Depuis Kampala, une équipe s’est dirigée vers une région à quatre heures de bus de Masaka, et une autre au nord de Gulu pour réaliser des interventions ophtalmologiques à l’hôpital local qui n’avait pas vu d’ophtalmologues depuis sept ans. L’équipe a été le témoin de la joie de grands-mères voyant pour la première fois leurs petits-enfants.

Chaque bénévole était responsable de tâches spécifiques, comme préparer les enfants avant les interventions ou organiser les perfusions. Rajendra, qui n’est pas médecin, se souvient d’une anecdote : « Un matin, Madhav Borate, notre chef d’équipe, m’a dit de me changer et d’aller en salle d’opération : “Il faut que tu contrôles le pouls du patient pendant qu’on opère” », raconte Rajendra. « Je lui ai répondu : ” Tu es fou ? Je ne supporte pas la vue du sang !” » Madhav se souvient lui-aussi de ce moment. « Nous n’avions aucun système de monitoring, pas même un oxymètre de pouls ! Alors nous avons montré à trois Rotariens comment prendre le pouls pour assister l’anesthésiste. »

« Finalement, j’ai tenu le coup et cette expérience a changé ma vie ! », conclut Rajendra, qui a pu montrer pendant une mission au Rwanda, en 2016, qu’il était devenu un membre clé de l’équipe médicale.

Dès son retour en Inde, l’équipe s’est attelée à l’organisation de la mission suivante, cette fois en Éthiopie, avec d’autres spécialistes. Et pour leur troisième mission, ils sont retournés au Nigeria. Depuis son premier voyage en Ouganda il y a 20 ans, plus de 500 volontaires ont réalisé 67 000 interventions et 250 000 consultations dans 43 pays grâce à des subventions de la Fondation Rotary d’un montant total de 2,4 millions de dollars. Pour les patients souffrant de pathologies complexes, ils organisent le transfert vers l’Inde où ils sont opérés, et ils ont également monté des opérations humanitaires en Inde.

L’année dernière, pour le 20ème anniversaire du groupe, l’équipe est retournée en Ouganda. Le pays est plus riche et plus calme aujourd’hui, mais les besoins sont toujours là. « Nous avons trouvé une infrastructure et des installations d’un niveau supérieur, et notre collaboration avec le personnel hospitalier a été excellente », explique Madhav. « Mais il leur manque toujours du matériel et des instruments pour les opérations de routine. »

Avec l’aide des Rotariens et des médecins ougandais, l’équipe a réalisé 1 100 interventions, dont 440 ophtalmologiques, 452 dentaires, 25 de chirurgie réparatrice et 84 de chirurgie générale.

« C’est le plus fort impact que j’ai connu en 22 années au Rotary », explique Emmanuel Katongole, ancien gouverneur du district 9211 (Tanzanie et Ouganda). « Voir autant de personnes souffrant de pathologies complexes attendre des jours pour une consultation, sans perdre le sourire, est émouvant. Encore aujourd’hui, nous recevons des appels nous demandant de revenir. »

Pour 2019, Rajendra s’est fixé un objectif encore plus ambitieux. « Sam Owori, qui avait été choisi pour assumer la présidence en 2018/2019 mais qui nous a quittés en 2017, m’avait demandé de monter une équipe médicale qui visiterait tous les districts africains pendant son mandat. Je lui avais promis que je ferais mon possible pour mener à bien cette mission. Après son décès, le président Barry Rassin m’a invité à reprendre le rêve de Sam, et c’est ce que nous essayons de faire aujourd’hui. »

Rotary International — Frank Bures