Le gouverneur 2017-2018 :   Jean-Paul NOUHAUD

  • dernière mise à jour le 24 Mai 2018 à 08:29

L'Agenda

Nos réseaux sociaux

Le thème de l'année 2017-2018

Localiser les clubs du D1690 >>

End Of Polio

Témoignages

Témoignage d’Axel Dagnas, Student Exchange à Christchurch

2011 axel 1Je vous présente ma situation, j'ai 18 ans, et vis depuis le 15 juillet 2010, à Christchurch. Je suis ici grâce au RC de BLAYE, district 1690, qui organise chaque année des échanges à travers le monde entier avec d'autres clubs rotariens, je suis parrainé par le club de Blaye.

2011 axel 2Je suis ici pour mon anglais, et surtout pour l'expérience d'être ailleurs, pour un an, sans famille, sans personne que je puisse connaitre, et grandir par moi même. Je suis ainsi accueilli par des familles membres du Rotary club de Garden city (Christchurch), et vais dans un lycée comme tous kiwis (néo-zélandais).

Étant présent depuis juillet dernier, j'ai d'abord vécu le premier tremblement de terre du 4 septembre 2010. Ce terrible séisme était le plus important, en question de force sur l'échelle de Richter, mais rien comparé à celui d'hier en question de dégâts, et surtout, de vies humaines; mais nous reviendrons à cela un peu plus tard. Depuis le premier tremblement de terre de septembre 2010, les après chocs n'ont pas cessé, plus ou moins importants, plus ou moins fréquents, mais pour être honnête, je les attendais, chacun d'entre eux n'était qu'un amusement, une montée d'adrénaline, rien d'inquiétant. J'ai honteusement vécu ces derniers mois avec l'attente de nouveaux après-chocs, néanmoins comme beaucoup de kiwis.

2011 axel 3Mardi 22 février 2011, à 12h53, je me suis trouvé en classe de cuisine, au lycée. Je me dressais en face de la massive friteuse, près à y mettre ce que je préparais, lorsque tout le monde entend, un long vrombissement, puis les premières secousses se font ressentir, devenant de plus en plus fortes, graduellement, les murs et vitres vibrent, certains paniquent. 2011 axel 4Comme je vous l'ai dit, les après-chocs ne m'effrayaient pas, je reste ainsi en face de la friteuse, à attendre la fin du tremblement, lorsqu'à ma gauche, à quelques mètre de moi, à l'extérieur, une longue poutre métallique faisant partie du dessous d'une allée suspendue se décroche, et s'écrase sur le sol. Le professeur, une dame, hurle à tout le monde de se mettre sous les tables, pour ceux qui n'y étaient pas déjà. Me voyant debout, elle attrape mon bras et me pousse sous la table, ne le lâche pas, et prie pour toute la classe, à voix haute, pour que le lycée, la ville, les habitants restent sains et saufs et que nous surmonterons ce qui s'annonce être un désastre. Tout cela s'est passé en quelques secondes, pas plus d'une minute, tout est allé très vite. Le séisme assoupi, la fille à ma droite est en pleurs, une autre a l'air paniquée, notre professeur tente de la rassurer et s'assure que toute la classe va bien. Au plafond, trois ou quatre plaques accrochées, supposées nous chauffer durant l'hiver sont suspendues, tenant juste par de mince fils électrique, toujours en se balançant. Je repars à ma friteuse et finit ce que j'avais commencé. Cela finit, je retrouve une amie qui était supposée me rejoindre dans la classe pour partir du lycée durant l'heure du déjeuner. Nous avions en effet prévu d'aller avec Alexis (le lycéen français), et Chris qui l'accueille (parti en France chez Alexis pour 5 semaines durant les vacances de Noël), acheter des chaussures pour l'école (uniforme oblige). 2011 axel 5Ainsi, ces deux derniers m'ont rejoins dans la classe. Nous décidons de quitter la salle, laissant derrière nous des visages inquiets et parfois en sanglots. Dehors, la moitié du lycée se retrouve, téléphones en mains, tentant d'envoyer SMS et appels. Sur le chemin de la sortie, la seconde secousse se fait ressentir, le sol vibre et le bâtiment reste debout, vacillant quelque peu, mais fort. La sonnerie retenti, tout le monde se retrouve, nous retournons sur nos pas. Tout le lycée est sur la pelouse de l'école élémentaire, face aux nouveaux bâtiments. Les professeurs sont regroupés, recevant des directives du principal. Ce que je vois autour de moi, beaucoup de gens en pleurs, d'autres rient, j'en ai revu certains de ceux là quelques minutes plus tard, en larmes. 2011 axel 6Tout le monde cherche ses amis, on se sert dans les bras, envoie SMS à la famille et aux proches. Peu de temps après, les professeurs passent pour nous avertir que nous devons attendre que nos parents viennent nous chercher. Les pleurs n'ont pas cessés, certains sont assis, d'autres debout, crient à chaque nouvelle petites secousses. Un groupe a sorti une guitare, chante, un autre forme un cercle, tout le monde est invité à rejoindre ce petit regroupement, à prier, encore une guitare. Les premiers parents arrivent. Heureusement, j'ai reçu des SMS de mes parents d'accueil, mon père est dans le centre, a raté de peu d'être sous les décombres, le centre ville est apparemment en panique, ma mère d'accueil est professeur dans une école élémentaire loin du centre, elle ne peut bien sûr pas quitter son poste. Après une heure, la belle sœur de mon père d'accueil arrive, ses deux filles que je connais bien sont ici, j'avais tenté avec elles d'avoir des nouvelles de leur mère sans résultat. Lorsqu'elle me voit, elle est avec la plus jeune, marche à moi, et me sert dans ses bras pour quelques longues secondes, en sanglots. Elle propose de me prendre en voiture. Les rues sont bouchées, tout le monde tente d'entrer en contact avec des proches, et beaucoup se dirigent vers le centre ville. Jusque là, je vais toujours bien. Puis ma "tante d'accueil" (Jacqui) m'apprend qu'ils ont trouvé des corps sur certains trottoirs, l'annonce est dure, frustrante, soudaine. Les informations à la radio confirment cela, puis des gens appellent, témoignent, une femme a vu sous ses yeux des gens se faire écraser sous un mur, "comme des pancakes". 2011 axel 7Tous les regards que nous croisons, sont graves, inquiets, tristes. Les après-chocs ne cessent pas, les voitures tanguent un peu, Jacqui se retient de pleurer à chacun d'entre eux. Nous aurons pris 4 heures pour arriver chez moi (j'habite à 15 minutes en bus du lycée). Les stations essences sont bondées, les rues aussi. Durant tout ce temps, je n'ai pas cessé de recevoir des SMS, rassurants, nous tentons de joindre la famille, chaque nouveau message est un espoir, certains inquiètent, le fait de ne pas recevoir de réponse est pire. Une fois rentré à la maison, ma mère d'accueil est là, son mari est arrivé une heure et demie plus tard. La télévision est restée allumée jusqu'à 11 heure le soir, les infos n'ont pas cessé, les vidéos dévastatrices, les témoignages passent et repassent, parfois de nouvelles vidéos, plus d'informations, 65 morts sont officiels, quelqu'un a été retrouvé... Un ami de mon père d'accueil lui a raconté qu'il se trouvait en dehors d'un centre commercial lorsque c'est arrivé, il entendit des cris, des hurlements, et a pensé qu'il s'agissait d'une télévision rejouant un match de rugby qui s'était allumé, le son à fond, en arrivant à l'intérieur, il comprit que tout était bien réel lorsqu'il vit les débris, la poussière, les gens courir, et quelques corps inconscients sur le sol.

En ce qui me concerne, je vais bien, ma famille d'accueil aussi, idem pour mes amis. Cependant nous connaissons un jeune homme, ami de la famille, chez qui je m'étais rendu pour sa fête en l'honneur de ses fiançailles, qui n'aura jamais réussi à joindre son jeune frère, autour de la vingtaine, qui se trouvait dans l'immeuble de la CTV, l'un des bâtiments les plus gravement endommagés. Ils ont abandonné les recherches aujourd'hui dans ces gravats, après avoir fait ce qu'ils pouvaient. Apparemment, on est maintenant sûr qu'il n'a pas tenu, je garde désespérément espoir.
Mon état d'esprit ? La frustration. Ne pas être capable d'aller aider, devoir rester à la maison, regarder les informations, incapable de changer quoique ce soit.

2011 axel 8Aujourd'hui, Mercredi 23 février, j'avais prévu d'aller avec un groupe d'amis du lycée, conduire dans la ville, offrir notre aide avec pelles et brouettes, et dégager les rues, jardins, allées, recouverts d'un sable gris poussé à l'extérieur par l'eau et créant de plats volcans, ou juste recouvrant le béton et les pelouses. Je suis finalement parti avec mon père d'accueil, sa sœur et trois fils de 15, 18, et 20 ans, aider à dégager la maison de ses parents, ainsi que leurs voisins. Tout est maintenant (presque) propre. Tout le monde était là, voisins, inconnus, avec pelles et brouette, nourriture à partager, chaque rue comprend son lot de volontaires venant de toutes parts de la ville à la recherche d'une maison à aider. Demain, je refais la même chose avec mon groupe d'amis, allant au hasard, de maison en maison, proposer bénévolement nos services.

Beaucoup d'habitations n'ont plus d'eau ou d'électricité, certaines sont sous l'eau, car des rues sont inondées, mais la solidarité est partout, chaque habitant qui a une chambre ou deux de libre offre l'hospitalité à ceux qui en ont besoin, et ce partout en Nouvelle Zélande, pas uniquement à Christchurch, des gens appellent et proposent, les radios transmettent les messages et les numéros.
Pour avoir été avec Alexis juste après le premier tremblement, jusqu'au moment où j'ai quitté l'école, et d'avoir parlé avec lui aujourd'hui même, je peux vous dire qu'à part le fait qu'il n'ait plus d'eau courante là où il habite pour le moment, il va bien, et il préférerait rester ici.

Maintenant, je fais appel à vous, qui êtes en France, s'il vous plait, envoyez vos soutiens, proposez votre aide comme vous le pouvez aux victimes, j'aimerais entendre que le gouvernement français va envoyer des secours à Christchurch, et la distance n'est pas une excuse, nous avons des îles outre mer proche de la Nouvelle Zélande. S'il vous plait, j'aimerais entendre la radio dire que la France envoie son soutien et des aides. Pour ma part, je ne risque pas de quitter ce pays avant juillet prochain (fin de mon séjour), tout y est formidable, je vous le recommande, même avec ses tremblements de terre, il y a tant à découvrir, surtout les gens, et la culture.

J'espère que mon message sera retransmis aussi loin que vous le pouvez.
Merci,
Cordialement,
Axel

Articles en relation

Citation rotarienne

La grandeur du Rotary repose sur son aptitude à guider l'homme vers une mode de vie et une vision des choses différentes. Luis Vicente Giay, président 1996-1997 du R.I.

Responsable de la publication : Maurice RAISON, RC La Rochelle Aunis  /  Copyright � 2015. All Rights Reserved.